« 16 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 57-58], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5465, page consultée le 03 mai 2026.
16 août [1844], vendredi, midi ¼
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour, mon adoré petit homme. Bonjour toi, comment
que
ça va aujourd’hui ? Je ne te demande pas quand je te verrai parce qu’il est probable
que tu auras encore des aventures aujourd’hui et que tu ne viendras que juste le temps
nécessaire pour que je voie que tu n’es pas mort. Donc je me résigne tant bien que
mal
à mon AIMABLE sort.
J’ai enfin trouvé la quittance d’octobre 1839. Maintenant il n’y a plus de ce côté là de solution de
continuité. Seulement, comme il faut tout prévoir, il faudra que je fasse rechercher
par Claire toutes les quittances de la petite chambre au nom
de M. [Pain ?]. Ce ne sera pas une petite besogne et je crains même qu’il n’y
en ait de perduesa ; car, jusqu’ici,
je n’avais pas attaché d’importance à ces suppléments de quittances. Enfin nous
verrons. Je viens d’envoyer chez le bijoutier faire peser les deux timbalesb : celle de mon père pèse 22 F. 10
sous et celle de Mme Pierceau 28 F. 10 sous. Le couvercle, d’après cettec estimation devra peser 10 F. 14 sous, ce
dont je ne doute pas car il est très fort et très lourd. Voilà, mon Toto chéri, le
résultat de mes informations. En attendant que tu viennes, je m’occupe à ces petits
détails intérieurs qui me font passer le temps tant bien que mal. Mais tout cela ne
fait pas que je sois très heureuse et très joyeuse. Il s’en faut bien, mon cher petit
homme, toi seul au monde peuxd me
donner le bonheur et la joie. Il suffit que je te voie, il suffit d’un baiser de ta
bouche ravissante. Je t’aime trop.
Juliette
a « perdue ».
b « timballes ».
c « cet ».
d « peut ».
« 16 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 59-60], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5465, page consultée le 03 mai 2026.
16 août [1844], vendredi soir, 4 h. ¾
Tu vois bien que c’est toujours à mon tour d’attendre, mon doux bien-aimé, tandis
que
les autres attrapent encore souvent des bonnes petites aubaines. Aujourd’hui,
peut-être, tu auras assisté à la distribution du prix de la pension ? Je sais bien
que
c’est encore là un devoir, mais, est-ce que tu ne pourrais
pas, chemin faisant, monter me voir une petite minute ? À quoi sert, mon Dieu, que
je
demeure aussi près de toi puisque ce voisinage ne te faita pas venir ni plus souvent ni plus tôt ?
Je voudrais, mon Toto, enfoncer ma tristesse bien au fond de mon cœur ; mais tous
mes
efforts ne peuvent y parvenir. Je suis triste de ne pas te voir et il faut que je
te
le dise. Je souffre de ton absence et il faut que je te le dise. Je t’aime trop et
je
m’en plains à toi comme s’il dépendait de toi de l’empêcher. Enfin, je te désire de
toutes mes forces et je n’ai pas l’espoir de voir mon désir satisfait de si tôt. Tout
cela n’est rien moins que gai et ne constitue pas une vie pleine
de charme.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Jour mon adoré, je voudrais bien être au diable et que vous y fussiez avec moi.
Mon Victor adoré, si tu m’aimes, si tu penses à moi et si tu me regrettes, je n’ai
pas
le droit de me plaindre et je suis la plus heureuse des femmes. Toi seul, tu sais
si
toutes ces conditions d’amour et de bonheur existent. Moi, je t’aime sans aucun
mélange des choses de ce monde. Tu ne peux pas en douter et tu n’en doutes pas,
n’est-ce pas mon adoré ?
Juliette
a « fais ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
